Je ne pouvais faire comme si…chapitre 7

Précédemment dans le chapitre 6: Sébastien Kouassi, le coeur à la haine, faisait des révélations troublantes dans son « testament »…

Edouard AZAGOH-KOUADIO noir et blancBiétry, non loin d’une villa rose située à deux rues de l’établissement d’enseignement secondaire Notre Dame d’Afrique, dix heures avant le crime…

A travers les grillages de leur échoppe, Amadou et Bouyé épièrent d’un œil curieux un garçon dégingandé, bardé de bijoux en or, s’avancer vers eux. A leur hauteur, il les apostropha d’une voix efféminée et piquante.

–          Hé, Mauritaniens là ! Donnez-moi tout de suite deux bouteilles de coca-cola bien frappées. Les deux boutiquiers se jetèrent pendant de longues secondes un regard interrogateur et choqué.

–          Dépêchez-vous ! hurla-t-il. En deux temps trois mouvements ils s’exécutèrent, se demandant encore de quelle planète provenait ce grand dadais. Une fois servi, Chico Sexy leur tourna le dos avec arrogance et regagna la villa rose sous les « Allahou Akbar » conjurateurs des deux marchands.

Biétry, dans la villa rose, quarante-cinq minutes avant l’assassinat de La Camerounaise…

Chico Sexy après avoir placé les boissons dans le réfrigérateur, vint s’asseoir en face d’Edith Likane Séry alias La Camerounaise qui, télécommande en main, était allongée dans un énorme divan en skaï beige. Sur une table basse à côté, un petit pot à stylos en forme de vache était posé sur une vieille enveloppe kaki de taille moyenne sur laquelle était inscrit en lettres capitales mais dans une encre quasiment effacée « POUR MA PETASSE, TA PUTE CECILIA ».

Les yeux rivés sur un épisode des « Feux de l’amour », Edith Likane Séry soupira pour une raison inconnue puis délivra en douceur un gaz pestilentiel. Dans cette atmosphère saturée, Chico Sexy la dévisageait avec amour bénissant en secret le jour de leur rencontre. Une nuit, à la mi-mai 2007, La Camerounaise avait bravé courageusement une foule hostile qui voulait en finir avec ce junkie homosexuel surpris en plein exercice dans les toilettes dégoûtantes d’un bar. Avec une farouche détermination, elle fit évacuer la place et disperser la foule. « Comment t’appelles-tu jeune homme ? » lui demanda-t-elle. « Chico. Tantie je m’appelle Chico » répondit-il. La Camerounaise se prit d’attention pour ce frêle jeune homme aux traits fins et féminins. Elle lui demanda son âge. Il affirma d’une voix fluette n’avoir que 20 ans puis de confesser craintivement n’avoir jamais couché qu’avec des hommes parce que se sentant femme dans son âme. « Je suis désormais ta marraine, tu n’auras plus jamais peur de t’afficher mon petit. » lui jura-t-elle. Joignant l’acte à la parole, elle l’hébergea dans un studio à Treichville sur la rue Nanan Yamousso, premier cadeau offert par Le King quand il la vit. Elle le nourrit, le soigna, le blanchit, le vêtit et l’inscrivit grâce à un bras-long[1] au lycée Hôtelier de la Riviera Golf. Deux mois plus tard, subjuguée par sa beauté, elle le rebaptisa tout sourire, Chico Sexy. Il devint rapidement dans les mois qui suivirent, l’icône homosexuelle de son agence secrète de compagnies coquines. Chico Sexy, de son vrai nom Guédé Jean-Louis, vint se blottir contre sa marraine nullement surprise. « Tantie, je rêve jour et nuit de ta promesse. J’attends ce moment avec impatience » lui souffla-t-il la larme à l’œil.

–          Fais-moi confiance mon petit Chico Sexy. T’ai-je une fois déçu ?

–          Jamais ! Tu ne m’as jamais déçu ma marraine chérie, répondit ce dernier, le corps secoué par des sanglots.

Les larmes de Chico Sexy roulèrent sur la joue de La Camerounaise. Elle y sentit de l’amour, de la joie, de la foi et de l’espoir.

–          Bien ! Sèche moi ces larmes, tu perds de ta beauté sinon. Laisse-moi toute seule maintenant mon Chico, j’ai de la visite. Vas-y ! Est-ce que tu entends comment la semaine prochaine annonce une nouvelle vie heureuse mon petit queer[2] ? La Camerounaise caressa les cheveux de son pédé préféré et lui déposa sur les lèvres, un baiser maternel…

En le regardant partir, La Camerounaise se souvint de cette promesse fermement tenue deux semaines plus tôt : « mon Chico, très bientôt je t’emmènerai au Brésil où tu subiras dans la clinique d’un grand chirurgien une opération de changement de sexe. Tu ne seras plus mon Chico Sexy mais ma petite Chica Guapa[3]de Treichville. Tu deviendras une femme comme tu l’as toujours voulu hein. » Elle se souvint des cris de joie de son Chiquito et de ses « c’est vrai ? C’est vrai çà tantie ? » Mais avant, Cécilia, sa sœur adorée, devait lui rapporter une manne de quarante millions de franc CFA, recette d’une nuit sexuelle hardcore…

Marcory, Boulevard Valéry Giscard d’Estaing, chez un opérateur de téléphonie mobile, douze heures avant le crime…

Serges Boli, de son bureau du premier étage, regardait la voiture de son ami Sébastien franchir la barrière électrique coulissante puis s’engouffrer dans le torrent automobile bruyant du VGE[4] pour une destination inconnue. Il tomba lourdement dans son cossu et chic fauteuil de bureau lâchant un très coupable « merde alors ! Je savais, je savais, je savais, je savais qu’il le découvrirait brutalement, comment aurais-je dû ou pu éviter çà ? » Sa mémoire régurgita aussitôt amèrement cette douloureuse vision d’une nuit comme la mer recrache sur le rivage, tôt ou tard un jour, les petits ou gros blocs visqueux et pollueurs des marées noires.

Un samedi très tard la nuit, un mois environ avant ce jour, il surprit Cess comme il aimait l’appeler dans une situation bizarre et dans un endroit inapproprié. Lui, se rendait chez Fanny Dupuis, une salariée française détachée dans sa boîte avec qui il vivait une love-story très discrète. Fanny habitait dans un des immeubles de la Résidence Le Marigny située sur la rue de La Canebière à Cocody, à maximum un kilomètre de la PISAM[5]. De son balcon qui surplombait la route de la corniche, tous deux contemplaient parfois les reflets angoissants mais romantiques de la ville-lumière qui ondulaient sur le miroir de la lagune Ebrié.

Serges Boli, déjà en esprit à Cocody mais surtout exalté par la voix puissante et captivante de Brian McKnight, ne se rendit pas compte tout de suite de son allure excessive. En provenance de Treichville à bord de sa Audi A3 d’occasion, il traversa le boulevard lagunaire comme un pilote de formule 1. Lancé à vive allure, il ne vit que tardivement le SUV[6] Infiniti FX couleur d’or en attente du feu vert à la montée du lycée technique. Il écrasa la pédale de frein et la voiture s’immobilisa, après un long et strident crissement de pneus, pile poil derrière le SUV, l’égratignant légèrement…

Les passagers de la voiture ne se rendirent même pas compte qu’ils avaient frôlé un grave accident, occupés à s’embrasser. Dans l’Infiniti FX, la femme avait baissé le pantalon de son partenaire et chevauchait son fidèle destrier. L’homme, bientôt à l’apothéose de cette cavalcade orgasmique et tétanisé dans son siège, tenta de s’agripper à ce qu’il eut pu toucher ou saisir. Maladroitement, il fit descendre les vitres automatiques. Serges Boli tomba médusé sur l’explosion de l’homme et rencontra les yeux ébahis de Cécilia qui achevait avec frénésie son galop. « M…mm…ma…mm…mais…Cess… » bégaya-t-il. Il remonta comme un somnambule dans sa caisse, rentra chez lui à Treichville oubliant son rendez-vous galant. Le samedi suivant, ironie du sort, ce fut son tour d’éjaculer et jouir comme un chien enragé dans la femme de son meilleur ami, bégayant à nouveau ce « M…mm…ma…mm…mais…Cess… » C’était la seule idée trouvée par celle qu’il appelait affectueusement Cess pour tuer dans l’œuf toute tentative de révélation de sa part. Et, elle avait su être convaincante.

Aujourd’hui, devant les vérités de cet ordinateur et la détresse de son pote, il avait feint l’étonnement, tenté de prodiguer des paroles sagement hypocrites et d’apporter un mensonger secours. Il regrettait de tout son être cet acte de traîtrise. L’index placé sur les lèvres comme pour dire à quelqu’un de se taire, les yeux au plafond, il pensa sans cesse que « si Sébastien sait çà je suis foutu… »

Biétry, de retour à la villa rose, trente minutes avant le meurtre de la Camerounaise…

Edith Likane Séry avait installé Sébastien Kouassi dans un des deux sofas qui faisaient face au divan en skaï beige et apportait maintenant les boissons ramenées par Chico Sexy. Elle s’assit dans le sofa libre à côté de Sébastien, Elle lui fit encore ses mêmes compliments, sans savoir que ceux-ci firent peu à peu déborder la pulsion meurtrière de Sébastien,  avant de demander les nouvelles comme on dit. Sébastien avoua d’entrée de jeu qu’il était très mal et voulait parler ce vendredi de choses sérieuses.

–          La Camerounaise, je vais m’ouvrir à toi comme je n’ai jamais fait. Je te demande de jurer sur ta foi religieuse que tu seras honnête avec moi, dit-il.

–          Juré Sébastien ! répondit-elle en se signant.

–          Tu vois La Camerounaise, je ne t’ai jamais dit mais nous avons le même âge ou tu dois avoir au max un an de plus que moi. Ma nature timide a toujours fait de moi quelqu’un d’effacé parce que n’aimant pas les embrouilles.

–          Mais non Sébastien ! J’ai toujours eu des infos me faisant état de ton autorité, de ta force de conviction. Ne dis pas çà !

–          Ok je ne dirai plus çà, mais en matière féminine, je n’ai jamais trompé Cécilia ni même regardé une fille autre qu’elle. A part cette nana rencontrée au concert de Fally Ipupa en novembre 2007 au Palais de la culture.

–          Ah bon ! Cécilia ne m’a jamais rien dit à propos d’une telle fille. Il racla sa gorge et lui révéla que sa chérie n’en savait rien et ajouta « écoute-moi, je t’explique. »

–          Quand Fally Ipupa entama sa chanson « le prince de southfork », une belle jeune fille se pencha sur moi et me fit un bisou dans le cou. Je me retournai pour voir qui était l’audacieuse et, elle me lança un baiser éclair que Cécilia ne vit pas. Je ne réagis point aussi pour ma charge. Honnêtement, j’avais apprécié l’audace mais ce n’est jamais allé plus loin parce que je ne l’ai plus revue. Dis-moi, qui est Kobo Jules-Sésar pour Cécilia ?

La question surprit La Camerounaise qui bredouilla des « je n’ai pas bien compris excuse-moi, j’étais distraite à ce moment, tu peux répéter s’il te plaît! ». Sébastien répéta calmement sa question et, La Camerounaise, faussement souriante, ne manqua pas de relever qu’il passait très vite du coq à l’âne.

–          Je sais que c’est un avocat réputé et défenseur des intérêts du PIF mais tout çà je l’ai appris à la télé. Je ne vois aucun lien avec Cécilia.

Et là, Sébastien sortit l’historique des échanges de sms entre Cécilia et KJS comme un joueur de cartes sort son joker…

La Camerounaise fut déroutée, bégaya de longues secondes, chercha une réponse à donner puis dirigea sa main dans l’entrejambe de Sébastien. Elle avoua que Cécilia était une sainte nitouche qui ne l’avait jamais apprécié a fortiori aimé. « Sébastien tu as été floué par cette fille sur toute la ligne » renchérit-elle. Elle révéla lire dans les yeux de Sébastien et voir la flamme du désir qu’il avait pour sa plastique. Elle affirma alors être prête à offrir ce qu’elle avait su garder au chaud pour lui parce qu’attirée par son charme magnétique depuis longtemps. Pour prouver ses dires, elle se mit nue, dégagea le plateau des boissons sur la table basse et le gratifia du plus beau décor incliné et ouvert qu’il vit de sa vie. Même le corps de Cécilia, une œuvre d’art, n’était rien à côté de ce chef-d’œuvre divin. La nature humaine se dévoila sous la forme d’une violente érection. Il se déshabilla. La Camerounaise reposa sa tête sur l’espace vide de la table et ferma les yeux pour signifier qu’elle était prête au plaisir. Il ramassa sa longue chevelure en un grossier chignon qu’il tint d’une main ferme comme le cavalier avec les brides d’une jument. Il se rapprocha d’elle, son sexe lécha l’ouverture promise et en silence…un long couteau effilé transperça la nuque de La Camerounaise. Tchac ! Un dernier tremblement de corps et la vie s’échappa du corps d’Edith Likane Séry. La Camerounaise sentit juste une lame froide, une lame froide qui la tua en traître comme elle l’avait toujours été avec son assassin

Sébastien enfonça l’arme blanche profondément dans la nuque de cette femme inerte. Il y faisait tourner le poignard comme un tournevis pour un meuble à monter tandis qu’un trou béant et horrible se dessinait. Le sang giclait comme dans un puits de forage de pétrole. Sébastien, criant en silence la victoire de sa folie, jouissant telle la dernière des raclures de psychopathes, fit l’amour au macchabée dans toutes les positions qui lui vinrent à l’esprit. Rassasié d’une première partie de vengeance ignoble et rationnellement inexplicable, il se releva et vit sur la table, une vieille lettre maculée de sang « POUR MA PETASSE, TA PUTE CECILIA ». Il déchira l’enveloppe et se mit à la lire…

(à suivre)

Une nouvelle écrite par Edouard AZAGOH-KOUADIO.

« Aucune reproduction, même partielle, autres que celles prévues à l’article L122-5 du code de la propriété intellectuelle, ne peut être faite de cette œuvre sans l’autorisation expresse de l’auteur. »


[1] Le bras-long est une expression de l’argot ivoirien qui signifie user d’influence pour obtenir une faveur qui, en suivant les lois et règlements, n’aurait en principe jamais abouti.

[2] Lire [kwir]. C’est un anglicisme qui présent les gays comme des personnes branchées.

[3] Jolie fille en espagnol.

[4] Le VGE est le diminutif du Boulevard Valéry Giscard d’Estaing qui est une des plus (sinon la plus) grandes et longues  artères d’Abidjan voire de la Côte-d’Ivoire.

[5] Polyclinique Internationale Sainte Anne-Marie. C’est un établissement hospitalier très réputé pour la qualité des prestations fournies qui se trouve dans le quartier huppé d’Abidjan qui s’appelle Cocody.

[6] Le SUV (Sport Utility Vehicle) est un véhicule différent du 4*4 en ce sens qu’il a par définition une vocation et une motorisation sportive et possède en plus des capacités extraordinaires de véhicule tout-terrain. En bref, il est aussi performant sur routes carrossées qu’en tout-terrain.

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8 Réponses to “Je ne pouvais faire comme si…chapitre 7”

  1. je ne trouve plus les mots!!!! toujours aussi palpitant et plein de suspens!! hate de découvrir ce qu’il y a d’écrit dans cette lettre!!!!! bravo, bravo et bravo !!!!!!

  2. Hé ben, la vengeance se déguste à froid, à ce que je vois! La suite s’annonce très intéressante!!! Bravo, encore et toujours!!!

  3. nadia YOBOUE Says:

    bravo!

  4. Tyto Smith Says:

    Mais kessia mon boss tu fais dans la nécrophilie now !!!!!! J’adore le coup de couteau dans la nuque !!!! Cette grosse p…. le méritait !!!

  5. je suis sans voix à quand la suite???

  6. Wahouu la fin me scotche et me choque. un brin morbide.
    Quand on commence, on a du mal à s’arrêter. Dépêche toi de nous donner la suite.
    Châpeau bas Mr AZAGOH-KOUADIO

  7. Grace Djondé Says:

    c’est encore mieux chaque fois!!!

  8. stephanie khouadiani Says:

    impatiente

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