Je ne pouvais faire comme si…chapitre 8

Précédemment dans le chapitre 7: La Camerounaise sentit juste une lame froide, une lame froide qui la tua en traître. Rassasié d’une première partie de vengeance ignoble et rationnellement inexplicable, Sébastien se releva et vit sur la table, une vieille lettre ensanglantée « POUR MA PETASSE, TA PUTE CECILIA ».

Biétry, dans la villa rose, une heure après l’exécution sanglante de La Camerounaise…

Sébastien Kouassi posa l’enveloppe « POUR MA PETASSE, TA PUTE CECILIA » sur ses jambes nues et velues. Il inspira fortement, bloqua l’air emprisonné et le relâcha lentement pour apaiser les battements effrénés et irréguliers de son cœur qu’il sentait cogner dans ses tempes. Il déchira l’enveloppe et se mit à la lire…

« Cocody, campus, le 15 février 2002. Il est 23 heures et j’entends au dehors les stridulations des grillons. Je suis seule chez moi, il vient de partir…

La Camerounaise, comment s’est-il retrouvé dans mon lit ? Ou plutôt dois-je dire, qu’est-ce qui m’a pris de l’accepter dans mon lit ? Ma gentillesse ? Peut-être ! Peut-être pas ! L’amour ? Je ne sais pas encore, c’est trop tôt. Un jour c’est rose, un autre c’est morose avec moi tu le sais bien. Je pense qu’il a trouvé ou dit quelque chose qui a su me convaincre. Je t’assure que c’est un malin personnage. Il est là toujours à m’observer, à me faire parler, à m’écouter, à relever tout ce que je dis, à me prendre au mot. Bref, il est à en savoir toujours un peu plus sur moi que de me raconter sa vie. Il y a une semaine, il m’a déclaré ses intentions. J’avais deviné dans son attitude, dans ses dires, dans ses sourires, dans ses habitudes, où il voulait en venir. Néanmoins, je n’en étais pas sûre à 100%. Tu sais bien que les hommes sont tellement prévisibles mais lui, je te dis, c’est un spécimen à part. Tu comprendras au fil de mes mots pourquoi je le considère ainsi.

Déjà un truc, tu sais que j’aime garder une main manipulatrice dans tout ce que je fais. Aussi, avais-je prévu une attitude particulière pour chacune de ses tactiques d’approche. Mais, quand je m’attendais à une attaque en règle, il ne bougeait pas. Quand je ne m’attendais à aucune offensive, il ne bougeait toujours pas. Moi qui, orgueilleuse et fière, pensais être une cible traquée (j’avais senti son sexe sur mon ventre lors de notre première rencontre dans une situation bien cocasse), je ne sais plus quoi penser. Je me suis bien des fois demandée si je lui plaisais. Je me suis bien des fois demandée si j’avais fait ou dit une chose qui l’empêchât d’agir, de me croquer comme je le mérite. Je fouille dans ma mémoire et je ne vois pas trace de tels actes. Ma copine la Camerounaise, quand tu me regardes avec tout ce que je possède comme atouts charmants, ne suis-je pas une proie de choix méritant d’être dévorée sauvagement ? Lasse d’attendre un assaut, j’avais envisagé à maintes reprises de lui dire de ne plus venir me voir. Pourtant, hier soir, il était dans mon lit…

Tu dois sourire en imaginant que pour avoir eu envie d’être croquée, hier soir j’ai assurément dû l’être. Techniquement, entre nous ma copine, un gars qui te drague depuis un moment et qui un soir d’un jour de romance dort chez toi, inévitablement il te passe à la casserole du moins, tu le passes à la casserole non ? Ma chère, moi dans mon esprit, je m’attendais à voir mes vêtements volés dans la chambre, à entendre des rugissements de lionne domptée et des grognements de babouin en rut. Fohi[1] ! Il ne s’est rien passé. Nothing ! Nichts ! Nada ! Si je savais dire « rien » en chinois, je l’aurai dit. Bon quand même, sur ce coup, je reconnais qu’il était pardonnable. Hier soir, ma copine, depuis le matin, les Anglais, ces sanguinaires, avaient débarqué. Bien fait ! Cà, c’est pour toutes les fois où j’étais en condition sans qu’il ne bouge d’un iota. Pour résumer, techniquement le moment était propice mais, pratiquement, hygiéniquement, çà ne le faisait pas.

Comment avons-nous donc terminé la soirée ? Moi j’ai passé mon temps à le regarder. Ouais, j’ai passé mon temps à le regarder écrire. Il dit qu’il est écrivain. Je ris même en te racontant. Vraiment le gars-là, ma copine la Camerounaise, soit il est bête soit il est trop rassasié. Et même s’il est rassasié, ne suis-je pas une délicieuse friandise dont aucune gourmandise comblée ne peut se priver ? J’ai même pensé à un moment que c’était un pédé. Oh my God ! Je sais que tu ris de mes réflexions. Hi hi hi…Peut-être a-t-il découvert que j’avais mes règles ? Et même si la rivière est en crue, qu’est-ce que çà peut faire de mal ? Ne peut-il pas longer la rive d’un regard qui me caressera et m’embrassera ? Nous pouvons tout de même flirter sans aller plus loin qu’il ne faut non ! Mais, je te dis que le soi-disant écrivain ne m’a ni caressée ni embrassée ni tenue dans ses puissants bras. Rien ! Nothing ! Nichts ! Nada ! Dara[2] ! Si je savais dire « rien » en russe, je l’aurai dit. Donc, chère amie, dans tous les garçons de ce monde, hier soir, c’est un écrivain apathique (on va l’appeler écrivain en guise de code entre nous) qui est venu dormir avec moi.

Qu’était-il en train d’écrire ? Je sais que la question te brûle les lèvres. Espèce de fille affairée ! D’après lui, un poème ou une nouvelle ou un début de roman ou un nouveau genre qui serait une combinaison des trois. Ecoute comment m’a-t-il dit çà : « je veux écrire un recueil de nouvelles poétiquement romanesque ». La Camerounaise, çà c’est qui çà là ? Cette nuit où je désire ardemment être réchauffée comme un plat surgelé dans un four à micro-ondes, je ne récolte que des blablas. Chérie, ai-je chié à l’église[3] ? Quelle guigne ! Je suis certaine que c’est une fille que j’ai rasée[4] à l’époque, qui a dû me jeter un puissant gbass[5] pour ne plus que je connaisse un jour l’amour. Elle est vaincue au nom du Tout-Puissant Jésus, Allah, Jéhovah, Bouddha. D’ailleurs même çà tombe bien, je dois aller dimanche prochain chez mon pasteur pour qu’il me délivre de ce mauvais sort. Bien, ma chérie coco, passons et revenons à notre mouton. Je disais donc que me voici avec l’écrivain dans le lit hier soir, petite lampe allumée à notre chevet, moi couchée de profil, la tête reposant dans ma main droite, la main gauche entre mes jambes croisées, lui un peu relevé, adossé au mur, le drap couvrant ses jambes, le torse nu offert à la petite bise qui pénétrait par les persiennes, un stylo à la main jetant de l’encre noir sur un bloc-notes et souriant seul par moments.

Le gars-ci, (au passage, remarque bien que tu me fais parler comme les Camerounais maintenant avec leur gars-ci, leur gars-là, ne lap[6] pas hein), il me ramène des années en arrière, vers 1995 ou 1996, quand j’étais en Terminale A2[7] au Lycée Classique d’Abidjan. Tous les garçons du lycée ne rêvaient que de moi. Les professeurs alors, je n’en parle même pas. Jeunes comme vieux, tous en pinçaient pour mes formes généreuses et infatuées. Je suis sûre que tu t’en souviens, les autres gos[8] de la classe et toi, vous étiez jalouses. Peut-être même que toutes les filles du lycée aussi. Avoue ! Akpesmandi[9] là ! En parlant du lycée, je repense à un de mes petits gars-là. Te souviens-tu de ce mec en Terminale D1, un Sénégalais noir et beau comme çà, Alioune Seckh, qui m’écrivait des lettres enflammées ? J’aimais trop le lire. Il me comparaît à des fleurs, des paysages. Il me disait qu’il était l’AS (en référence à ses initiales) de trèfles qui piquait mon cœur. Il promettait de me faire voyager. En retour, je le couvrais de compliments. Mais bon lui, je le flattais juste pour qu’il paie mon pain-viande[10] à la récré. Jamais il ne m’a touchée à part quelques petits bisous par-ci par-là. Je m’amusais avec lui comme avec tous les autres péquenots du school. Il est rentré au Sénégal d’ailleurs après son échec au Bac, le pauvre. Juste avant de partir, dans une énième lettre, il m’a tenu pour responsable de sa déroute scolaire parce que, d’après lui « Cécilia, jamais ton cœur asséché comme un sol sahélien n’a voulu se laisser irriguer par l’eau bienfaitrice de mon amour. Et, ma belle-de-jour ivoirienne, sans t’en rendre compte tu as bousillé mon existence. »

Comme tu vois La Camerounaise, j’ai déjà eu une expérience des petits plumitifs. Je me souviens même d’une histoire concernant un des nombreux chéris de ma grande sœur Audrey. Tu la connais non ? Elle m’avait dit que Teddy (c’est comme çà qu’il s’appelait) se réveillait en pleine nuit, mû par une inextinguible soif d’écrire comme si un démon le possédait. Dans ses moments de démence, il écrivait du n’importe quoi truffé de pataquès. Ma sœur, grande persifleuse devant l’Eternel, me disait que déjà victime de la jalousie des maris de nuit[11], elle devait se coltiner un mec lui aussi victime d’un esprit malveillant au penchant prononcé pour la littérature. C’est pourquoi avec tout çà ma copine, j’en suis arrivée à penser que mon écrivain était aussi la manifestation pure et simple d’une malédiction jetée sur notre famille. Dans tous les cas, mon pasteur ce dimanche, devra être très fort pour venir à bout de ce sort…

Revenons plutôt à mon écrivain. Je suis désolée pour mes fréquents hors-sujets. Tu me connais, je veux tellement te raconter de choses. Ma copine, hier soir je te dis, pendant que je pensais à ces anecdotes mystiques en le regardant, lui il avait porté le stylo à sa bouche et souriait comme s’il avait lu dans mes pensées. Il s’est penché et m’a dit : « j’écris l’histoire d’une fille qui te ressemble vachement ». Je lui répondis que j’en doutais fortement vu qu’il ne me connaissait pas suffisamment. Il a souri, je lui ai rendu son sourire et là, comme un félin tapi dans la broussaille bondissant sur sa proie, il m’a embrassée, je l’ai embrassé, nous nous sommes embrassés, il m’a caressée, je l’ai caressé, nous sommes caressés, il m’a tenue dans ses bras, je l’ai tenu dans mes bras, nous nous sommes tenus dans nos bras. Je sais que tu ris je te connais. Vois-tu comment ce mec là me désarçonne ? Je mets ma main à couper que ce gars-ci, c’est un puissant manipulateur. Je te jure qu’il lit dans mes pensées. C’est un charlatan, un véritable feyman du cœur comme ton chéri qui t’emmène dans tous les coins du monde et pour qui tu n’as plus de superlatifs… »

La lettre truculente et poivrée de Cécilia venait à bout lentement mais sûrement de l’incendie de haine qui dévastait Sébastien. Les mots soignent paraît-il. En début de lecture, ses désirs funestes étaient encore incandescents, à présent, il souriait comme un niais amoureux. Cécilia était face à lui racontant ses histoires et ses moqueries comme un camion sans frein. Sa femme, il s’en rappelait bien, était un vrai moulin à paroles et cette lettre, c’était du Cécilia tout craché ! Les tremblements d’un BlackBerry posé sur la table basse firent sursauter Sébastien. Il jeta un œil sur l’écran du téléphone et vit clignoter « Kobo Jules-Sésar (excellence KJS) ». Il fut spontanément dévoré par une haine plus détestable que celle qui l’avait poussé au meurtre de cette femme. Il balança furieusement l’objet contre le cadre d’une photo géante de La Camerounaise accroché au mur et celui-ci se brisa en mille morceaux de verre. Un méchant regard sur le corps inerte d’Edith Likane Séry stimula son égo. Il était fier comme un peintre inspiré devant la beauté de son oeuvre. Avec son cou planté dans la table par ce surin et toutes ces souillures séchées sur son corps, La Camerounaise ressemblait à une sinistre poupée vaudou. Le souvenir du craquement étrange des cervicales de La Camerounaise sous la pression du poignard enivra Sébastien. « Tu le mérites ! » cria-t-il. La lecture pouvait reprendre…

« (…) La Camerounaise, ma chérie, en plein bécots avec le boss, j’ai failli avoir une crise cardiaque hier soir. Tu ne peux même pas imaginer ! Pendant que lui et moi étions en pelotage (mais gentil pelotage n’oublie pas que les Anglais étaient de la partie), j’entends un bruit de clé qui tourne dans la serrure. C’est qui çà ? Je bondis du lit et je me jette dans un fracas énorme sur la porte juste avant qu’elle ne s’ouvre. Je demande qui est là, j’entends « c’est moi, Jay ! Je suis venu récupérer deux ou trois affaires. » Qu’est-ce qu’il est venu foutre ici Jérôme ? Me voici sur la porte, mes gros nibards plaqués contre le bois, mes grosses fesses, divisées par le string, offertes aux yeux de l’écrivain. J’ordonne à Jay de reculer et de m’attendre dans le hall de la résidence. Je pars ensuite m’habiller, confuse, j’ose à peine regarder l’écrivain. Lui, il est là, tranquille. Il ne s’est même pas rhabillé du genre il est serein comme un capitaine dans un bateau sur une mer calme. Je lui fais signe de la tête de remettre son tee-shirt. Est-ce qu’il m’écoute ? Il s’en fout, il se saisit de son stylo et c’est reparti pour l’écriture. Je sors et je vois Jay, le visage décomposé par une tristesse infinie. Lui aussi, pour qui se prend-il ? On a rompu depuis six mois. Ce n’est pas parce qu’il a encore ses affaires dans ma chambre qu’il peut se permettre des allées et venues à des heures indues. Non mais ! Je lui fais comprendre que j’ai de la visite. Est-ce que j’avais besoin de le lui dire ? Mes cheveux ébouriffés et ma cascade de tout à l’heure, digne d’une pro, l’ont bien renseigné. Il est reparti la tête basse, l’air penaud. Le drame dans tout çà tu sais quoi ? C’est que je n’ai même pas regretté de le voir partir ainsi. J’ai réprimé, pour dire vrai, une moue méprisante qui se dessinait laidement sur ma face. Tu me rétorqueras que trois ans d’un intense love même après six mois de rupture çà laisse forcément des traces. Que nenni ! Rien ! Nothing ! Nichts ! Nada ! Likéfi[12] ! Si je savais dire « rien » en arabe, je l’aurai dit. Néanmoins, devine quoi ? Avant de partir, Jay m’a dit que c’était la troisième fois que je lui faisais vivre ce genre de douleur. Je n’en ai pas cru mes oreilles, ce gars est décidément très gonflé. Laisse-moi rire ! De nous deux qui a souffert dans l’histoire ? Je sais que je suis une coquine, que j’avais au moins trois gars même si lui était le titulaire de mon cœur, que j’ai une multitude de dragueurs que j’utilise comme si je jouais aux cartes, mais ne dit-on pas que les oiseaux du même plumage volent ensemble ? En d’autres termes, je suis infidèle je sais mais, ma copine, sache que Jay l’était tout aussi. Ce gars, il était plus infidèle et plus crazy que moi je te promets.

Je vais te révéler un secret que j’avais enterré jusqu’à la racine de l’oubli pour ne jamais avoir à l’exhumer. Mon Jay-là, son domaine de définition en matière d’infidélité ce sont les femmes de ministres, les femmes de grands patrons, les femmes de pouvoir en gros. Jay que tu voyais, en apparence timide et calme, était un véritable gi-go-lo. Oui, un gig’[13] de première classe. Si j’ai pris la décision d’arrêter tout au bout de trois ans, c’est parce qu’une de ses nombreuses gos (certainement une femme du Pouvoir en place) avait commandité un assassinat sur moi. Copine, tu lis très bien. Moi, Cécilia Kablan, jeune étudiante en licence d’anglais au campus de Cocody, ma petite tête de rien du tout était mise à prix. J’étais une go-wanted[14] dans tout le grand Abidjan-là ! Je te raconte comme çà qu’une soirée, après avoir coupé[15], encore une fois, un vieux bombisseur et décalant[16] vers le campus, une Mercedes V12 gris métallisé vient garer dans un dérapage contrôlé à mes côtés. Je ralentis ma démarche et, tel un paon déployant ses plumes prétentieuses, je bombe ma poitrine narcissique relevée par un soutien serré. On ne savait jamais si un Gunther[17] dans sa voiture avait craqué pour moi et voulait m’impressionner. Mais, ma chérie, au lieu d’un Gunther ce sont trois hideux et puants molosses qui descendent de la Zender[18], me rouent de coups de poings assommants et me kidnappent. En deux trois mouvements, ils m’ont chargée et embarquée comme des manutentionnaires le font pour les colis à expédier. J’ai été conduite dans un terrain vague, mise à genoux et des armes toutes aussi laides que leurs propriétaires braquées sur moi. Quel cauchemar ! Je tentais de me réveiller comme on le fait quand on sait que l’on va mourir dans un mauvais rêve. Mais rien ! Nothing ! Nichts ! Nada ! Ekolo té[19] ! Si je savais dire « rien » dans l’ethnie bacoco de ton Camer, je l’aurai dit. Le cauchemar était très réel, trop réel même. Ma copine, je pleurais, je les suppliais, je criais au secours ! Les loubards ont chargé leurs armes dans un « cric-crac » métallique terrifiant puis un deux a crié : « c’est le moment de la finir ! » J’ai rentré ma tête dans mes épaules et regardant le sol rendu boueux par mes larmes abondantes, je me suis dit que décidément je n’étais que poussière et j’y retournais barbarement. J’ai tellement eu la frousse que ma vessie et mes sphincters anaux se sont relâchés. J’ai fait sur moi. Imagines-tu la honte ? Imagines-tu l’odeur de la honte ?

Ma petite vie misérable défilait devant mes yeux quand celui qui a dit de m’abattre a baissé son arme et a dit : « c’est bon les gars, elle a eu son compte. » « Le Seigneur est merveilleux ! » ai-je crié intérieurement. Mais n’avaient-ils pas prévu autre chose ? C’était trop facile ! Quelqu’un ne pouvait pas me faire une aussi mauvaise plaisanterie. Non, impossible ! Le brigand qui donnait les ordres aux autres s’est planté devant moi. En relevant mes yeux, j’ai rencontré une énorme bosse qui déformait son pantalon. J’ai baissé la tête automatiquement. Très vite il me l’a redressée et placée bien en face de sa convoitise. Son jean dégageait une âcre odeur de graisse et de cambouis que l’on sent habituellement sur les bleus de travail des mécaniciens. Le souffle de sa respiration recelait une bien détestable lubricité.

–    Ma petite, tu vas rentrer chez toi, tu vas rompre avec ton petit Jay et tu vas chercher à ne plus jouer dans une catégorie d’âge qui te dépasse, m’a-t-il dit tout doucement (très gentiment même quand j’y repense). Là où une reine mange, une soubrette ne peut s’y attabler. Si tu t’entêtes, je sais où tu habites, je sais où tes parents habitent, je vais revenir avec mes gars, on va t’enlever, te violer des heures durant et te dépecer. Le même sort sera également réservé à ta mère. Sache cependant qu’elle passera avant toi, et tu assisteras en live au spectacle. As-tu compris ?

Le kidnappeur me tendit trois billets de dix mille francs CFA, un paquet de kleenex puis me recommanda de nettoyer la merde nauséabonde et la pisse dégoûtante qui coulaient en filet sur mes jambes. Sur ce, il m’indiqua le chemin à suivre pour rentrer chez moi, monta avec ses acolytes dans la Merco et ils démarrèrent en trombe.

Ma copine, je ne t’avais jamais dit çà. Il y a des secrets qu’on ne peut révéler aussi facilement. C’est sans doute l’énervement indicible provoqué par les futilités prononcées par Jay, qui a rompu les digues du déshonneur et m’a fait cracher le morceau. Ma chérie, après une telle menace, j’ai rompu illico avec Jay. Que dis-je ! C’est Jay qui a d’abord rompu avec moi. Il est venu me voir le lendemain, le visage boursouflé et tuméfié. Il y avait des grosses ecchymoses autour de son cou comme si quelqu’un venait de l’étrangler. Lui aussi avait dû subir le courroux de sa gnanhi[20]. Ne ris pas je t’en prie ! C’est dans une pluie de sanglots (pour moi, des larmes de crocodile) qu’il m’annonça que nous devions arrêter notre relation. Mais le kamikaze, il rajouta que : « Cécilia mon bébé, on peut continuer à se voir en cachette tu sais ». Copine, je te l’ai giflé à deux reprises et, presque comme un réflexe, je lui ai hurlé que « c’est fini entre nous, dégage ! ».

En conclusion, avec tout ce que j’ai subi, comment ne pas le chasser sans remords ? Comment ne pas effacer complètement de mon esprit tel un reformatage de disque dur trois ans de love ? Et monsieur Jay qui, sans pudeur, va tout benoîtement venir se planter devant moi pour me dire qu’il est une victime offerte au sacrifice expiatoire de ma libération. C’est un malade ! Il voulait jouer sur les sentiments (portés disparus depuis) mais, crois-moi, je n’ai pas été dupe. A cause de ces conneries, La Camerounaise, je me suis même éloignée du sujet. Je reprends dare-dare l’histoire d’hier soir. Mais bon sang, où m’étais-je arrêtée ? »

Sébastien Kouassi, profondément immergé dans l’histoire racontée par la lettre de sa bien-aimée, répondit : « ma puce, tu t’es arrêtée à la partie où l’écrivain et toi vous aviez été gênés par Jay. » Il sursauta et s’interrogea sur ce qui lui arrivait. Il était sûr et certain que sa femme lui avait bien posé une question. Il regarda, effrayé, autour de lui. Cécilia, pour de vrai, était dans la pièce. Il ne rêvait pas. « Je l’ai parfaitement entendue » se rassura-t-il. Il se flanqua quatre grosses gifles pour se remettre les idées bien en place. Il se convainquit alors que l’âme damnée et errante d’Edith Likane Séry voulait se venger en lui jouant des tours, en essayant de le rendre fou. « Tu n’y arriveras pas sale garce » déclara-t-il. De nouveau en colère, il cracha avec une infinie aversion sur la dépouille de La Camerounaise et reprit sa lecture…

« (…) Ah oui ! J’ai retrouvé le fil de mes pensées. Bon, je te narrais plus haut que, dès que Jay a inséré la clé dans la serrure, je l’ai arrêté, je l’ai chassé. Bien, ma sister, me voici maintenant de retour dans la chambre, devant l’écrivain, dissimulant difficilement un gros embarras, une honte non feinte. Je rentre dans la chambre, l’atmosphère est devenue lourde. Il fait très chaud soudain. L’écrivain, la tête plongée dans son bloc-notes, écrit, rature, remet son stylo en bouche et sourit. Avec tout ce qui s’est passé, mon Jean-Marie Adiaffi[21] trouve le moyen d’écrire et de sourire. C’est indiscutable, je suis tombée sur un autre malade mental aussi. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnée ? » me plaignis-je du bout des lèvres, jetant un œil rapide au plafond. Bref, j’avance, je vais me mettre en face de lui mais je le regarde à peine. Il quitte son carnet et me fixe intensément. Je sens une larme de sueur qui perle le long de ma joue comme dans les dessins animés de Walt Disney. Je vis un grand moment de solitude avec la petite musique qui va avec. Si j’avais refusé qu’il dorme chez moi je n’aurai pas eu à souffrir d’une telle honte. De même, si j’avais repris mes clés avec Jay, cela ne serait pas arrivé. Et voilà ! Patatras ! Gbangban[22] pour moi !

L’écrivain esquissa un sourire, je le lui rendis.

–    Eh ben dis donc! dit-il en remuant la tête comme pour me faire comprendre que la situation avait été tendue.

Silence…petits regards…sourires et gestes gauches…silence…

–   Eh ben dis donc, tu dois regretter un peu de l’avoir jeté comme çà hein? me questionna-t-il.

–    Non ! Jay ne vient plus chez moi, il fait exprès de se ramener à n’importe quelle heure pour espérer me surprendre, dis-je.

–    Es-tu sûre ? m’interroge-t-il avec un regard de petite canaille.

–    Oui, sûre et certaine ! je réponds un peu excédée et là, ma sœur préférée, j’ai explosé de colère…

Après mûre réflexion, si je savais ce qui allait m’arriver par la suite jamais je n’aurai dû. Ma copine, je lui ai furieusement lancé au visage qu’il devait être heureux puisque je venais d’écarter un rival très offensif, un rival qui aurait pu le défoncer et lui faire bouffer ses fournitures de petit élève sage et bien élevé s’il avait franchi le pas de la porte. J’ai gueulé comme une tarée que soit il ne m’appréciait guère comme il aimait le prétendre soit c’était un con qui n’était pas ce qu’il dit être c’est-à-dire, un tombeur de ces dames. J’ai ajouté que, dans les deux cas, il pouvait se dire que la porte était grande ouverte. Je venais de chasser un déjà, je pouvais chasser sans vergogne un deuxième. Je lui ai dit qu’il était très amorphe et me faisait penser à ce trentenaire rencontré à Bonoua lors d’un popo-carnaval[23] qui se jouait les Casanova et qui au lit, ne sut même pas satisfaire la petite femme de 19 ans que j’étais. Je l’ai insulté à plusieurs reprises et de la pire des manières : j’ai traité de puits d’ordures le sexe de sa mère. En fin d’hystérie, j’ai fondu en larmes. Ma chérie, autant te dire que je me suis vendue moins cher, que je me suis livrée poings et pieds liés à mon tortionnaire…

Je me suis levée et je suis partie dans la douche me rincer le visage. L’écrivain, quelques secondes après, m’y a suivie furtivement. Pendant que j’avais la tête baissée dans l’évier, il m’a saisie par les cheveux, les a tirés brusquement en arrière, m’a versé l’eau du robinet dans les narines ce qui m’a fait éternuer. J’émis un grinçant cri de douleur à cause de mes cheveux tiraillés. On dirait qu’il voulait me scalper à la force de ses mains. Il a brutalement relevé ma tête, m’a étranglée et a plaqué mon visage contre le miroir de la salle de bain comme s’il souhaitait enfoncer ma tête dans le mur. Le choc sur le miroir diffusa un lancinant bourdonnement dans mon cerveau. Un coup de poing tranchant vint propager à grande vitesse ce bourdonnement dans tout mon corps. Après ce coup, je sentis une main déchaînée se glisser dans le pantalon de mon jogging, le faire descendre avec excitation et écarteler nerveusement mon string. Je sentais, dure et tendue comme un arc, une méchante pointe en train d’interroger mes fesses et je voyais dans le reflet de ses yeux renvoyé par le miroir embué, une toute nouvelle expression, une toute nouvelle histoire : monsieur Séguin allait tuer d’un impudent sang-froid sa douce chèvre.

Pliée dans cette position inconfortable, je voulus résister en lui donnant une sacrée ruade ou en le griffant profondément (mes mains cherchant son visage ou ses bras en vain), je voulus me battre et dire quelque chose, mais les mots que je me préparais à prononcer furent étouffer dans ma gorge par un violent coup de reins. A la place, retentit un feulement éraillé de chatte en chaleur et j’eus cette réaction mécanique de me cambrer encore plus afin de lui offrir un angle plus important de pénétration. Ses ongles me lacéraient le cou, ses coups tonnaient dans mon ventre comme des explosions sur un champ de bataille, ma taille bien prise roulait et tanguait comme une embarcation empêtrée dans une tempête tropicale. Eh ! Copine ! Je ne te dis pas comment tel le prophète Moïse, là dans cette petite douche, il a traversé de manière furibonde la mer rouge de mon bas-ventre pour me tuer comme jamais on ne m’a tuée. Ce fut exquis ! Comment te dire ? Vif et intense, rapide et électrique, précis et foudroyant comme une attaque de reptile. C’était nekh[24] comme aime dire Ramatou notre copine Sénégalaise ! Je n’y vis que du feu et mon corps tétanisé brûlait d’une extase sans borne. Mes jambes, tremblotantes et flageolantes, se dérobèrent sous moi. En tombant, ma tête heurta l’évier et je m’évanouis presque. Là, par terre, quasiment dans les pommes et sans force, mon jogging sur les genoux, mes fesses nues sur le carrelage froid, je frétillais comme un poisson hors de l’eau. Mes yeux, mi-clos, fixaient une forme floue, encore dressée et dégoulinante de liquide. L’écrivain enfonça ses doigts calleux dans mes joues, ouvrit ma bouche et s’y introduit jusqu’à écraser ma luette. Je le repoussai pour ne pas vomir. Au passage, j’avais goûté sur sa peau un mélange unique, une mixture fondante. Il replongea dans ma bouche et je repris volontiers ce bois crémeux que j’aspirai avec une telle avidité qu’il en ricana diaboliquement. Je nettoyai cette arme, bus tout le feu qu’elle avait à m’offrir et la lustrai comme on lustre une vaisselle argentée avec un produit décapant. Ce que mon corps a ressenti était indescriptible, prends çà comme çà. Retiens seulement que j’étais avachie sur le sol de ma douche, terrassée par ce scélérat écrivain. Pendant que je faisais allégeance à sa masculinité comme on peut le faire avec un fétiche, un éclair violent déchira mon âme un peu comme ces fulgurances qui te frappent soudainement l’esprit et te révèlent une vérité éclatante. Oui ! Oui ! Oui ! Quatre fois oui ! A partir d’hier soir, j’étais une pute amoureuse, à partir d’hier soir, je sus que l’écrivain et moi nous vivrions ensemble pour la vie, à jamais, pour le meilleur et pour le pire.

Copine, j’ai maintenant la réponse à la question posée au début de ma lettre. Si l’écrivain était dans mon lit, c’est parce que Dieu l’a voulu. Si l’écrivain était hier soir dans mon lit, c’est parce que les dieux voulaient sadiquement me faire comprendre que c’était lui, l’homme de ma vie. Je n’ai pas d’autre explication. A partir de cet instant, oublie tout ce que j’ai pu te dire sur lui de dénigrant, de médisant. Ma copine, il fallait que je te fasse languir un peu, te transporter très longtemps dans mon histoire ou bien ? Ceci dit, je reste toujours une femme libre et libérée mais je sais que depuis hier soir, je me suis attachée à lui forever[25]. Je vais continuer mes flagorneries avec les autres gars parce que j’ai besoin de sponsors pour mes études mais j’ai trouvé mon futur mari. Il ne saura rien de mes activités de pétasse (notre surnom depuis le lycée n’est-ce pas ?) mais je tiens à te dire que, dès à présent, je suis une pétasse deeply in love[26], plus tard, je deviendrai une vraie lovely wife[27] et, bien plus tard, une future housewife[28] très avenante.

J’ai oublié, avec tous mes incessants bavardages, de te décrire l’écrivain. Ma copine, il est beau (en tout cas une femme normale ne peut pas demeurer insensible) mais ce n’est pas le plus beau des mecs que j’ai rencontrés. Dans mon classement de beaux gars, il doit être en troisième ou quatrième position. Par contre le plus charmant de tous, oui, incontestablement c’est lui. Il est grand (il doit approcher les 1.90 mètres), noir et très costaud. Je suis moi aussi assez grande pour une femme (1.80 mètres environ) pourtant à ses côtés, je suis ridicule, un peu comme une bichette en face d’un lion. Il y a comme un voile épais, obscur et cynique qui le recouvre. Ma chérie, en une nuit j’ai succombé a son satanique sex-appeal. Il me fait penser à Bélial, tu sais ce personnage mythologique roi de l’Enfer, à l’aspect extérieur séduisant, au maintien gracieux, passant pour l’esprit le plus dissolu, le plus crapuleux et le plus vicieux après Lucifer himself. Oui, ma copine, je suis folle amoureuse de ce diable, de mon diable…

Voici ma chérie l’histoire d’hier soir, l’histoire d’hier soir avant que je ne t’écrive comme le fait mon écrivain. La Camerounaise, on dirait qu’écrire est contagieux hein ? On dit que celui qui critique c’est celui qui envie. Etais-je alors en train de l’envier quand je le voyais écrire et que je le critiquais avec ironie ? Au fait, ne l’appelons plus l’écrivain, il s’appelle Sébastien Kouassi, Monsieur Sébastien Christian-Lévi Kouassi. Il est jeune, un peu plus âgé que moi quand même (25 ans et moi, 23), il est en Master dans une grande école de la place. Il a beaucoup de projets en tête pour lui, pour nous deux, pour notre famille. Tu as bien entendu, oui, pour notre future famille. Sébastien est l’homme que j’ai toujours attendu et, au nom de tout ce que je peux avoir de cher sur terre, je me défendrai bec et ongles contre ces voleuses de maris qui pullulent dans Abidjan…

Pour finir, La Camerounaise, une fille pleure toujours quand elle aime, elle pleure toujours quand son intime conviction lui confirme la véracité des sentiments forts qu’elle ressent pour un homme. Même toi ma copine, tu as admis avoir pleuré le jour où Clisthène-Alain t’a serrée tout contre sa poitrine. Et moi, ce 15 février 2002, je pleure à la fin de cette lettre parce que je sais comme une vérité absolue et inébranlable que je l’aime à la folie, que je l’aime à en rire, que je l’aime à en mourir, que je l’aime à en pourrir, que je l’aime, que je l’aime, que je l’aime comme une dévote a une foi inépuisable en  la vie éternelle. Je t’aime ma Camerounaise ! Ta pétasse et fière de l’être…

…Cécilia Affoua Kablan. »

Encore tout estomaqué devant le dernier bout de page qu’il tenait, Sébastien Kouassi relut la lettre depuis la partie de la douche. Il s’en souvenait très bien. Il n’avait pas voulu la violer mais on ne pouvait impunément traiter le sexe de sa mère de puits à ordures. Ce soir-là, ce 14 février 2002, avait été le jour officiel du début de leur histoire d’amour. Une première larme s’échappa et s’écrasa sur le papier comme une bombe atomique, une seconde la suivit, une troisième puis une quatrième et une rivière. Sur la feuille, les lettres disparaissaient en une grosse tâche d’encre noire difforme. Il ramassa les autres pages, les joignit à la dernière et les déchira en d’incalculables petits morceaux qu’il fit pleuvoir lentement sur cette marionnette au cou désarticulé qui gisait à ses pieds. Submergé par les sanglots et vidé de toute énergie, il glissa du sofa au cadavre comme sur un toboggan invisible. Il passa sa main sur les yeux écarquillés de La Camerounaise et rabattit ses paupières tout en répétant « Cécilia dis-moi qui es-tu et pourquoi fais-tu tout çà ? ». Nerveusement exténué, il s’endormit lourdement sur le tapis marocain barbouillé de sang…

Cocody, hôtel Ivoire, trois heures quarante-huit après le crime…

Soro Toxic remonta à pas de loup les escaliers du Top Raphia, il regarda sur sa gauche et sur sa droite, il ne vit personne. Le silence assourdissant qui régnait dans l’hôtel était, de toute évidence, anormal. N’en tenant cure, « qui ne risque rien n’a rien » s’encourageait-il, le journaliste se mit à longer les grands rideaux de la salle des fêtes…

(à suivre)

Une nouvelle écrite par Edouard AZAGOH-KOUADIO

« Aucune reproduction, même partielle, autres que celles prévues à l’article L122-5 du code de la propriété intellectuelle, ne peut être faite de cette œuvre sans l’autorisation expresse de l’auteur. »


[1] Expression propre au nouchi signifiant littéralement « rien », mais l’usage de cette expression peut recouvrir autant de sens qu’il y a autant de situations dans laquelle, elle est utilisée. Généralement on dit « ya fohi ! » pour dire qu’il n’y a rien, que tout va bien, que tout est sous contrôle. Mais encore une fois, il convient de bien prendre en compte la situation dans laquelle elle est placée et le ton avec lequel elle est employée. Le nouchi est l’argot utilisé dans les rues de la Côte-d’Ivoire. C’est un langage populaire parlé dans toutes les couches sociales de la Côte-d’Ivoire. C’est un mélange de Français, d’anglais, d’allemand et d’ethnies ivoiriennes. Il dispose d’un vocabulaire infini se nourrissant de créations personnelles et propres à certains endroits. Ce qui fait que le nouchi est bien souvent différent d’une commune de la Côte-d’Ivoire à une autre.

[2] Dara veut dire « rien » en wolof, une langue parlée au Sénégal.

[3] Chier à l’église est une expression nouchi (le nouchi est le langage de la rue ivoirienne) qui signifie que l’on est poursuivi par le mauvais œil, qu’on a la poisse tout simplement.

[4] Raser quelqu’un en nouchi signifie lui chiper son petit copain ou sa petite copine, son époux ou son épouse au vu et au su de tous.

[5] Sortilège, enchantement magique en nouchi. Le mot gbass peut recouvrir plusieurs significations toutes tournant autour de la pratique de la sorcellerie. Par exemple, un gbasseur est un sorcier, un féticheur, une âme perfide.

[6] Lap signifie « rire » dans le vocabulaire argotique camerounais. Cécilia entend montrer à La Camerounaise que petit à petit, elle se laisse influencer par elle.

[7] La terminale A2 équivaut à la série L dans le système éducatif français.

[8] Jeunes filles ou jeunes femmes en nouchi.

[9] Se dit de quelqu’un qu’on considère de très mauvaise langue. Mais, en nouchi, il ne faut surtout pas oublier de se référer au ton employé dans la discussion car, le ton employé change beaucoup la signification d’un mot qui, a priori, a une connotation négative. Dans le texte ici, Akpesmandi est utilisé dans un ton amical par la narratrice.

[10] Sandwich apprécié par les élèves et étudiants ivoiriens.

[11] Dans les croyances mystiques ivoiriennes, le mari de nuit est un esprit maléfique de l’au-delà  qui noue une relation amoureuse avec une femme sur terre. Tous les soirs, cet esprit maléfique vient sur terre retrouver sa belle pour une nuit d’amour puis repart. Très possessif, il empêcherait par des moyens très violents toute autre histoire d’amour sur terre avec la femme dont il s’est épris.

[12] « Rien ! » en nouchi. C’est un terme tiré du vocabulaire baoulé et passé dans le vocabulaire nouchi. Le baoulé est une ethnie du centre de la Côte-d’Ivoire.

[13] Diminutif de gigolo en nouchi.

[14] En nouchi, une go-wanted est une go recherchée soit pour être bastonnée par ses rivales soit cataloguée comme étant une briseuse de foyer. Le vocabulaire nouchi est inépuisable et très fertile. Ici, nous pouvons voir qu’il se nourrit de la langue anglaise.

[15] Couper en nouchi signifie arnaquer.

[16] Décaler en nouchi signifie partir, s’enfuir, rejoindre.

[17] Gunther signifie en nouchi, une personne très riche et très politiquement puissante.

[18] Diminutif nouchi de la Mercedes-Benz.

[19] Ekolo té veut dire « rien » en lingala, une langue du Congo. Cécilia arrive à dire rien en lingala parce que le nouchi a capté dans son vocabulaire quelques mots de cette langue parlée par les nombreux Congolais vivant en Côte-d’Ivoire.

[20] Une gnanhi dans le langage nouchi est une femme riche et puissante d’un âge mur qui entretient un jeune gigolo. Elles ont été rendues célèbres par le titre éponyme du chanteur zouglou Petit Denis.

[21] Célèbre écrivain ivoirien (1941-1999) à la renommée internationale. Connu pour ses écrits lumineux et ses prises de parole publiques érudites et très souvent impertinentes.

[22] Un gbangban en nouchi signifie un problème, un souci, une situation à querelles.

[23] Le popo carnaval est une manifestation culturelle du peuple abouré (au sud de la Côte-d’Ivoire) durant une semaine au cours de laquelle les hommes se déguisent en femmes et parcourent la ville. Durant cette festivité prisée par beaucoup d’Ivoiriens et de nombreux touristes, il y prévaut une certaine attitude licencieuse qui fait son succès.

[24] Nekh veut dire bon en wolof une langue parlée au Sénégal.

[25] Pour toujours.

[26] Profondément amoureuse.

[27] Une charmante épouse.

[28] Femme de foyer ou ménagère.

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13 Réponses to “Je ne pouvais faire comme si…chapitre 8”

  1. quel talent Edouard!!!

  2. Non mais là tu m’as maga!

  3. hey Eddy toi vraiment, dc c comsa tu es?? ou bien c pa toi l’écrivain??? loolll
    en tt k, moi je c ce q tu voulais dire à quelqu’un ohh, g dc bien compris mon amoureux!!
    Encore et tjs bravo, pcq le talent ça s’apprend pas, on naît avec, et toi, tu l’as gravé dans tes gênes! Congrats!!!!

  4. Merci Lila, les puissances mystiques que j’ai invoquées m’ont bien aidé…hi hi hi.

  5. Yves, lis les chapitres sans chercher à être « maga » ou  » à ne pas être maga »sinon çà ne sera plus intéressant. Laisse toi guider comme un aveugle et tu découvriras la lumière hi hi hi.

  6. Mariam, moi? L’écrivain? Je suis déjà écrivain. De quel écrivain parles-tu? hi hi hi. Je te le concède, il y a une part autobiographique dans ce chapitre mon amoureuse hi hi hi.

  7. nadia YOBOUE Says:

    tu ns a bi1 eu …. le pauvre sebastien…… la suite viiiiiiiiiiiiiiite!

  8. Trop puissant le suspense!! J’attends la suite!!!!!

  9. F A N T A S T I Q U E! le gars_ci est tro fort, dafa nekhhhhhhh boyy!nekhhh nannn trooooo

  10. stephanie khouadiani Says:

    trop fort

  11. bravo j’ai vraiment bocou aime la narration ds ce chapitre, rythmée puissante…rien a dire continu comme ça Édouard i love it!!!

  12. christiane Says:

    Mon cher, cest devenu porno maintenant….. donc c comme ca tu es devenu?!!

  13. Serge ASSOMA Says:

    Huuummm! Edouaaaaard!!!!!

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